Coming out de plus en plus jeune
«J'ai 12 ans et je
suis gai!»
Nick Levasseur a 14 ans et il est gai. Il a fait son coming
out il y a deux ans. «Je suis fier d'être différent et je le crie
haut et fort», confie l'adolescent qui admet qu'au début, il
était «la tapette de service» à l'école. Il niait. Mais il s'est
accepté et il a appris à se défendre, pas avec ses poings mais
avec des mots.
(Photo: Mathieu Bélanger, collaboration spéciale,
La Presse/Cyberpresse.ca)
Voici un sujet qui est encore, selon moi, tabou dans notre société quoique des progrès importants sont remarqués depuis ces dernières années et rien ne pourra les entraver.
L'homosexualité chez les adolescents(tes) demeure toujours un sujet des plus délicats à traiter tant par les jeunes eux-mêmes que par ceux qui, comme moi, osent en parler publiquement, de peur d'être traités de ''prostitué(es)'' pour les ados gais ou de pédophiles pour ceux qui abordent la question. Mais il faut en parler, c'est notre responsabilité ''citoyenne'' ou sociétale.
La journaliste Sophie Allard de La Presse/Cyberpresse.ca fait part ce vendredi des résultats de ses recherches à La Une du journal, en marge d'une campagne publicitaire en vue de la Journée internationale contre l'homophobie du 17 mai prochain.
Elle écrit: «Philippe est sorti du placard à 12 ans. C'était il y a deux ans. Dès qu'il a su qu'il était attiré par les garçons, il a ressenti un pressant besoin d'en parler. L'ado n'a pas attendu que la situation devienne un poids sur ses épaules. Il ne voulait pas vivre dans le secret. «Même si ça s'est passé rapidement, ça été un soulagement. Je l'ai dit à mes amis, puis à tout le monde. La réaction a été positive. A peine deux ou trois moqueries», a-t-il souligné.»
«De plus en plus, poursuit la journaliste, de très jeunes adolescents comme Philippe, osent sortir du placard. Un placard dans lequel ils ne restent que quelques semaines ou quelques mois.»
«Il y a à peine dix ans, on ne voyait pas ça. Le processus du coming out est aujourd'hui plus rapide, surtout lorsque les jeunes grandissent dans une famille ouverte. Le terrain est propice et le jeune n'a pas peur», remarque le président de Gai Écoute, Laurent McCutcheon.
Samuel* a 15 ans. A 11 ans, il a annoncé à sa meilleure amie qu'il était gai. «J'ai réalisé que je préférais les garçons, mais je me posais encore des questions. Je suis sorti avec une fille, mais je n'étais pas amoureux d'elle. J'essayais à tort de me convaincre que j'étais bisexuel. A 13 ans, je me suis accepté comme gai. Je n'ai pas fait une grande déclaration. Ce n'était pas la joie, je me sentais très seul. Mes amis l'ont bien accepté mais la rumeur s'est rapidement répandue dans l'école. J'ai d'abord nié. J'entendais les gars se traiter entre eux de «criss de tapette» et ça m'affectait. Ce n'est pas cool de faire de l'homosexualité une insulte.»
Et les exemples sont nombreux, rapporte Sophie Allard.
Sur le site homophobie.com, on apprend que la prochaine Journée internationale contre l'homophobie qui se tiendra le 17 mai prochain, aura pour terme ''Parler du silence. L'homophobie dans le monde du sport''.
Les adolescents font leur coming out de plus en plus tôt
(Photo Archives)
Maxime* a vécu l'enfer
Mais les coming out ne donnent pas tous des résultats harmonieux.
Celui qu'a vécu Maxime* en est un exemple concret, nous décrit la journaliste Sophie Allard.
«Jusqu'à l'an dernier, le jeune homme a vécu chaque année scolaire comme un horrible cauchemar. A 12 ans, il a confié à son ''meilleur ami'' qu'il était gai. Ce dernier a mal réagi et l'a dit à toute la classe. «La plupart des élèves ont commencé à se moquer de moi et à m'insulter dans les couloirs, confie-t-il. Certains me battaient après les cours. Les plus vieux me tapaient sur les fesses en me demandant mes tarifs. J'ai vécu l'enfer pendant quatre ans.»
Maxime a aujourd'hui 17 ans. Il habite toujours Montréal mais il a changé d'école et l'enfer semble maintenant chose du passé. Mais la douleur est encore vive. «Longtemps, j'ai eu des pensées suicidaires, je me mutilais avec un compas. Je me sentais seul au monde.»
Heureusement, poursuit la journaliste, les histoires d'horreur sont de plus en plus rares. Mais l'homophobie est encore bien présente dans les écoles secondaires, autant à Montréal qu'à Québec ou à Sept-Îles.
Olivier, 14 ans, est prudent. En plein processus d'affirmation de son identité sexuelle, il tâte le terrain doucement. «Je l'ai dit à quelques amis, c'est un début. Je ne connais pas de gais à mon école. Je sais que la société est ouverte mais quand on est jeune, on ne nous prend pas au sérieux. Les gens pensent qu'on ne peut pas être fixé à notre âge.»
«Faire un coming out, s'il n'est pas forcé, est libérateur à tout âge, affirme Laurent McCutcheon de Gai Écoute. Cependant, il faut être capable d'en mesurer les conséquences et de les assumer.»
Marylène, 14 ans, est tombée amoureuse de sa meilleure amie, après avoir «changé d'orientation sexuelle deux fois par jour pendant des mois», raconte-t-elle. Dans une société où tout est noir ou blanc, on doit savoir rapidement qui l'on est et s'affirmer.
Autre temps, autres moeurs
La société évolue et c'est tant mieux. Mais quelle que soit l'époque où l'on vit, est-il besoin de rappeler que l'homosexualité n'est pas qu'une affaire de sexe. C'est avant tout une question d'identité, une façon d'être et de vivre.
Comme on le verra dans un autre blogue, l'homosexualité est maintenant considérée comme étant d'origine génétique et non un choix, une simple orientation qu'une personne fait à un moment donné de son évolution.
Mon oncle René
Je me souviendrai toujours que dans la famille de ma mère, l'unique garçon et le dernier des quatorze enfants, était homosexuel. Et quelle vie d'enfer a été la sienne! Toujours une fuite en avant jusqu'à son décès consécutif à un cancer de la gorge, à l'âge de 59 ans, dans les années 80.
Parler du frère de ma mère était un sujet tabou dans ma famille. Tel était le climat qui régnait dans la société québécoise des années quarante, cinquante et soixante, sous le ''joug'' de la religion catholique et de la politique d'extrême droite du régime duplesiste.
Mon oncle René, un très bel homme, très efféminé, un coiffeur réputé qui travaillait dans un grand magasin ''à rayons'' du boulevard Charest-est, dans le quartier Saint-Roch, a agi comme bien des hommes dans sa situation à ce moment: il a fréquenté une très belle femme, un mannequin très connu et il l'a évidemment épousée. La noce avait même fait la Une du quotidien de l'archevêché de Québec, l'Action catholique. C'était l'habitude à cette époque de potiner, même en page frontispice d'un grand quotidien, surtout lorsqu'il était question de religion judéo-chrétienne!
Un mariage de ''convenance'', d'opportunisme, question de ''sauver les apparences''.
Et ce qui devait arriver arriva.
L'épouse a, un jour, découvert son mari dans le lit avec un garçon! Quel scandale!
Divorce, poursuite civile, menaces, très grande pression exercée sur mon oncle René qui a dû quitter son emploi, mettre fin à ses apparitions régulières à des émissions féminines à Télé-Quatre: il devait donc disparaître de la scène québécoise.
René s'est installé à Toronto pour se faire oublier comme s'il était le pire criminel de la ville de Québec. Quel ''péché'' il avait commis: baiser avec quelqu'un de son sexe. On pouvait le faire mais dans le plus grand secret et sans jamais être découvert.
Il a passé sa vie dans la Ville-Reine où il a poursuivi sa profession avec brio. Loin de Québec, René a pu assumer son homosexualité en paix. Mais dans ma famille, faire allusion à cet oncle ''pervers'' était en somme péché et créait une véritable tempête surtout avec sa soeur, ma mère.
J'ai croisé mon oncle René, au début des années 80, rue Saint-Jean, après qu'il soit revenu s'installer dans sa ville d'origine, atteint d'un grave cancer à la gorge. Il était devenu muet après qu'on lui eut retiré les cordes vocales.
Dans un bar de la place d'Youville, où il se trouvait en compagnie d'un ami et de l'un de mes petits cousins - lui aussi gai - il m'a fait parvenir un bref message écrit, me demandant si j'étais bien son neveu. Je suis allé m'asseoir à sa table. Même s'il était muet, il n'était pas sourd. Il était toujours aussi bien mis et il n'avait pas rien perdu de son côté quelque peu prétentieux. Il était fait comme ça!
Un mois plus tard, j'ai appris qu'il était décédé de son cancer, à l'hôtel-Dieu de Québec.
Une triste vie. L'homosexualité était, à cette époque de noirceur, considérée comme l'un des pires ''péchés'' mais cela n'empêchait pas certains membres du clergé de le commettre ''passionnément'', la plupart du temps avec de jeunes garçons mineurs, des victimes dont certaines se manifestent régulièrement à notre époque, dénoncant les prêtres qui les avaient agressées et violées. Que de vies fuckées!
Heureusement que nous sommes sortis de cette époque de ''grande noirceur'' et que les jeunes ados gais s'assument de plus en plus tôt, comme on a pu le constater à la lecture de ce blogue, inspiré de l'article publié ce vendredi sur le site web de Cyberpresse.ca
Prénoms suivis d'un *: prénoms fictifs.
Publié par : Marcel Charland
à 12:46:00
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